dimanche 19 mai 2013

Lancement d’un livre par le Collectif Emma Goldman (UCL-Saguenay) au Salon du livre anarchiste de Montréal

[ À diffuser largement ]

Le Collectif Emma Goldman lancera bientôt, au Salon du livre anarchiste de Montréal les 25 et 26 mai, un nouvel ouvrage collectif paru aux Éditions Ruptures intitulé : « Radio X les vendeurs de haine ». Alors que surgissent de nouveaux groupes dans la métropole et la capitale qui s’opposent au phénomène populiste de la radio-poubelle, ce bouquin propose une anthologie commentée (avec de nombreux textes inédits) de la lutte des militants et militantes contre la radio-poubelle au Saguenay, ainsi qu’une analyse du discours et du phénomène social des radios-poubelles.

Cette campagne contre les radios-poubelles est d’abord née pour mettre fin à l’acharnement haineux et le dénigrement de certains animateurs de Radio X contre le mouvement d’opposition citoyenne au maire Jean Tremblay (ce fameux dossier de la prière au Conseil de ville). Certains militants et certaines militantes furent directement identifié-e-s et calomnié-e-s en ondes. Avec des allié-e-s, plusieurs de ceux et celles-ci s’organisèrent pour assurer collectivement la défense des personnes touchées. Alors que les recours pour les personnes harcelées et menacées sont soit inaccessibles (avocats), soit inefficaces (conseil de presse, CRTC, médias), l’organisation collective a permis de lancer une riposte anonyme et susciter réactions, paniques et changements ; ultimement, d’attaquer solidement la prolifération de préjugés et les propos oppressants tenus à l’antenne d’une station radio en tirant profit.

 Le petit bouquin, dont une première édition d’une centaine de copies a déjà été écoulée, sera disponible à la table de l’Union Communiste Libertaire, dans le salon des exposants, au coût de 5$.

Merci !

Collectif Emma Goldman

Quand : 25 et 26 mai
Où : Table de l’Union Communiste Libertaire au salon des exposants, Salon du livre anarchiste de Montréal
Coût : 5$

mardi 14 mai 2013

Québec : Penser, agir, combattre... et plus si affinité

Un appel du Collectif l’(A)telier

La grève étudiante et la profonde crise sociale qui l’a suivi a pris toutes les tendances politiques les culottes à terre. Si nous étions plusieurs à l’appeler de nos vœux, personne n’avait anticipé un mouvement d’une telle profondeur, d’une telle durée et d’une telle ténacité. On a touché du doigt un monde de possibles et on en veut encore. Aujourd’hui, alors que les choses se sont calmées, que la situation se normalise à vitesse grand V et que la réaction bat son plein, nous sommes plusieurs à nous sentir un peu comme des poissons hors de l’eau. 

L’impuissance politique guette et la tentation est grande de reproduire les mêmes rituels, les manifs de nuit par exemple, pour retrouver le high du printemps. Malgré quelques beaux succès, le cœur n’y est plus vraiment. On a un peu (beaucoup!) perdu de notre élan. 

On peut et on doit faire mieux (d’ailleurs, vous pouvez tout de suite sauter à la conclusion pour voir nos propositions).

* * *

Le paysage politique officiel est peu ragoûtant. Le PQ a pris la place du PLQ et gouverne exactement dans le même sens. L’austérité est toujours avec nous avec son cortège de coupures odieuses et de hausse de tarifs régressives. Le champ politique mainstream est ouvert et bien malin qui pourra prédire l’évolution de la situation. Pour l’instant, aucun des grands partis ne semble se démarquer et la CAQ continue de pousser derrière. Un peu plus et on croirait qu’il ne s’est rien passé au Québec le printemps dernier.

Dans le champ gauche, ce n’est guère plus reluisant. Personne ne propose de perspective intéressante à court, moyen ou long terme. Que ce soit à QS ou chez les anarchistes, c’est la même impuissance politique. Concrètement, tous les courants de gauche ne proposent pour l’instant qu’une politique de témoignage. Les uns voulant être la conscience du parlement, les autres de la rue.

* * *

Pourtant, il y a du potentiel. Nous avons assisté dans les derniers mois à quelques événements anarchistes, que ce soit les forums publics sur la démocratie des collectifs de l’UCL ou les lancements du livre collectif “Nous sommes ingouvernables”, et il y a un écho pour les idées radicales qu’on n’a pas vu depuis le Sommet des Amériques. Sauf que, bon, personne ne sait où se pitcher.

Nous n’avons ni recette, ni grande perspective stratégique à proposer, juste quelques constats et idées basées autant sur du senti que sur l’observation. Nous soumettons donc ces quelques réflexions partielles et inachevées à la discussion.

* * *

Premier constat, on ne peut se payer le luxe du sectarisme et des guerres de chapelles. Il y a un risque réel de replis sur soi, soit carrément dans la sphère privé, soit dans un enfermement par tendance ou par cercle d’affinité.

Pourtant, l’une des grandes leçons de la grève étudiante c’est qu’aucune tendance n’est capable de lancer un mouvement de masse pur, toute seule dans son coin. Comme nous sommes peu nombreux et nombreuses, nous sommes condamnés à nous entendre dans le champ des luttes sociales même si nous pouvons diverger au plan politique. Ce qui nous uni dans les luttes est plus important que ce qui nous divise en politique.

Deuxième constat, un très grand nombre de personnes cherchent à s’impliquer dans les luttes sociales mais ne trouvent pas d’espace militant adéquat. La grève étudiante, et le mouvement Occupy dans une moindre mesure juste avant, a permis à plein de gens de rompre leur isolement politique et de s’insérer de façon autonome dans la lutte. Que ça nous plaise ou non, il est extrêmement difficile une fois l’école terminée de continuer de s’impliquer faute de lieux pour le faire.

Troisième constat, même si la plupart des gens sont “rentré chez eux” maintenant, c’est loin d’être le cas de tout le monde. À Québec, on voit bien qu’il s’est développé un nouveau “milieu militant” beaucoup plus large qu’avant. Bref, il y a une fenêtre qui ne s’est pas encore complètement refermée.
Si on se fie à notre expérience passée, l’écho de la grève va durer encore quelques temps. Puis, les choses vont redevenir “normales” et les militantEs vont se retrouver de nouveaux “entre eux et elles”. Il y aura quelques nouveaux visages et un peu plus de monde pendant quelques années, quelques beaux projets, une couple de campagnes politiques puis ça va s’étioler tranquillement au fil des départs des uns et des autres.

On pourrait peut-être essayer autre chose? Il semble qu’il y aurait de l’espace pour un mouvement extraparlementaire à Québec. Peut-on imaginer une organisation de lutte autonome, quelque chose de souple basée sur la démocratie directe?

Nous avons plusieurs exemples en tête, allant des comités d’action politique des années 1970 dans les quartiers aux réseaux de solidarité des années 2000. Bref, un genre de comité de mobilisation radical et autonome, conçu pour appuyer les luttes sociales et initier des actions subversives.

Pour celles et ceux qui veulent agir, ce ne sont pas les dossiers qui manquent : gentrification et construction de condos, pollution du port et de l’incinérateur, règlement anti-manif et répression policière, mesures d’austérités antisociales, transport en commun, etc. 

Ça pourrait permettre de jeter les bases qui permettrait ensuite d’aller plus loin à Québec et, qui sait, de rompre avec l’impuissance politique de la gauche libertaire. 

Penser, agir, combattre… et plus si affinité.

Qu’est-ce que vous en pensez?

Vous êtes invités à une assemblée ouverte pour en jaser.
Où : À l’AgitéE (Québec)
Quand : le 19 mai à 13h
Qui : Peut-être vous

lundi 13 mai 2013

L'asso du Cégep de Jonquière se joint à la vague de désaffiliation de la FECQ

Alors qu'il y a peu la FECQ [retrouvez notre brochette d'articles sur ce quadrupède ici] se targuait de représenter les 4 cégeps de la région, l'organisation jeunesse jaune vient aujourd'hui de perdre l'affiliation de l'Association étudiante du Cégep de Jonquière (avec un vote de 61,5% pour la désaffiliation). Avec la désaffiliation des associations étudiantes du Collège d'Alma et du Cégep de St-Félicien durant la grève de 2012 (non reconnue par la FECQ), un momentum est clairement enclenché dans la région et ne sera pas sans effet sur les décisions de désaffiliation qui s'en viennent au Cégep de Chicoutimi et à l'Université du Québec à Chicoutimi.

Tout cela est une bonne nouvelle pour le mouvement étudiant ; de ne plus participer à une organisation autoritaire cherchant à entretenir la passivité chez les étudiants et étudiantes, une organisation à l'origine créée dans le but de cesser, ou du moins d'éviter, les grèves dans le mouvement étudiant.

dimanche 12 mai 2013

Masculinisme : « Des objectifs politiques qui visent à renforcer les privilèges masculins »


Dernièrement paru sur le site de nos camarades libertaires français et françaises d'Alternative Libertaire : Cette article est la version longue (avec un développement sur la résistance au masculinisme en France et au Québec) de l’article paru dans le numéro de mai 2013 du mensuel Alternative libertaire.
 
Nous avons rencontré Mélissa Blais, militante féministe, doctorante en sociologie à l’UQAM et professionnelle de recherche à l’Institut de recherches et d’études féministes (Iref), membre du Groupe interdisciplinaire de recherche sur l’antiféminisme (Giraf).

On connaît la misogynie, le machisme, le virilisme, mais moins le masculinisme. Quelle est la spécificité de ce mouvement ? En particulier, peux tu nous expliquer comment est né ce mouvement, ce qu’il « revendique » et comment il agit aujourd’hui ?

Mélissa Blais : Comme le note l’historienne Christine Bard à propos de l’antiféminisme, à la différence notamment de la misogynie (la haine des femmes) ou du machisme (la supériorité des hommes), qui sont des comportements répandus, le masculinisme est une forme d’antiféminisme qui – se nourrissant à même la misogynie – s’arrime aux luttes féministes pour en contester les revendications, la portée et les projets de transformation sociale. En ce sens, le masculinisme est organisé et entretient un rapport d’opposition mimétique (récupération/renversement) avec le féminisme que l’on dit de la « deuxième vague ». En d’autres termes, les militants masculinistes prétendent que les hommes sont victimes des femmes et du féminisme, en témoignent selon eux les statistiques sur le suicide des hommes. En vue de s’en prendre au féminisme, ils récupèrent à la fois le vocable féministe (le patriarcat se transforme en matriarcat par exemple), les modes d’organisations (dont la non-mixité organisationnelle et les groupes de conscience), et parfois même la couleur (le violet) ainsi que les noms des organisations.

Même si on retrouve des éléments du discours masculiniste dans l’histoire de la France par exemple, soit cette idée voulant que la masculinité soit en « crise » à cause d’une trop grande féminisation de la société, le masculinisme organisé se développe davantage durant les années 1980 à tout le moins en Europe (Grande-Bretagne, France, etc.) en Amérique du Nord (États-Unis, Canada) et en Australie avec la multiplication des groupes de pères et des groupes de « conscience » pour hommes. En prenant le Québec en exemple (puisque c’est la province du Canada que je connais le mieux), on observe que le masculinisme naît d’initiatives d’hommes alliés des féministes (proféministes) durant les années 1980. Au départ, des proféministes se regroupaient pour réfléchir à la masculinité dominante. Une scission apparaît assez rapidement entre les groupes d’hommes qui réfléchissent aux rapports sociaux de sexe du point de vue des femmes, c’est-à-dire entre ceux qui pensaient la domination et l’exploitation des femmes par les hommes et ceux qui réfléchissent à une masculinité en soi et pour soi, c’est-à-dire une masculinité désincarnée, qui existe sans ces rapports sociaux.

Le glissement une fois opéré a ouvert la porte au discours actuel sur la « crise de la masculinité ». Une crise occasionnée par les féministes qui seraient allées trop loin et par les femmes qui, grâce aux féministes, imposeraient désormais une soi-disant culture de la féminité notamment sur le marché du travail. Pouvant plus facilement être qualifiées d’antiféministes, d’autres organisations apparaissent dans les années 90 et 2000, plus précisément au moment où des mesures gouvernementales rappellent aux pères qu’ils doivent payer leurs pensions alimentaires. En général, les organisations masculinistes actives aujourd’hui revendiquent davantage de droits pour les pères et plus de ressources pour les hommes. Ils se structurent essentiellement autour de trois types d’organisations soient 1) les groupes de père, 2) les groupes d’aide pour hommes violents et hommes violentés et 3) les groupes de conscience de tendance psychanalytique.

À première vue, leurs revendications apparaissent légitimes et en phase avec certaines revendications féministes. Le travail de recherche consiste précisément à analyser l’argumentaire qui accompagne les revendications ainsi que leur discours, car sous ces revendications se cachent des objectifs politiques qui visent à renforcer les privilèges masculins. Ainsi, il faut être attentive et attentif, car de la même manière qu’une personne raciste ne dit pas « je suis raciste », les antiféministes qui s’identifient comme tels sont plutôt minoritaires. Comme je le disais précédemment, tout le travail consiste justement à analyser le contenu des sites Internet des groupes de père et des ouvrages portant sur la masculinité pour y voir de plus près.

L’un des épisodes noirs lié à ce mouvement est le massacre de Montréal en 1989. Peux tu nous relater les faits ? Le tueur doit il être rattaché au « masculinisme organisé », et réciproquement les masculinistes théorisent ils l’emploi de la violence comme mode d’action ?

Mélissa Blais : J’aimerais d’abord préciser que le masculinisme organisé et les intellectuels masculinistes fournissent des arguments rhétoriques à ceux et celles qui sans être des militants masculinistes les reprennent pour mieux attaquer les féministes. Je pense ici autant à des intellectuels de gauche, des femmes politiques, et des anarchistes. En ce sens, les concepts de « gauche » et de « droite » limitent trop souvent notre compréhension de l’antiféminisme.

Au sujet du tueur de l’École Polytechnique de Montréal (le 6 décembre 1989), aucune source consultée ne me permet de dire qu’il militait dans une organisation masculiniste. Il avait cependant sur lui une lettre de suicide lorsqu’il est entré à l’École Polytechnique, armé d’une arme semi-automatique où, ne visant que des femmes, il a assassiné 14 femmes avant de s’enlever la vie. Au cours de son assassinat politique, il a également séparé les hommes des femmes à l’intérieur d’une classe et avant de tirer sur les femmes il a dit « je hais les féministes ». Dans sa lettre de suicide, il nous fait part de ses motivations qu’il qualifie lui même de politiques. Il emprunte la même logique argumentative que les masculinistes allant même jusqu’à dire que les féministes « lui ont toujours gâché la vie ».

Cet événement a profondément marqué le mouvement féministe québécois. Depuis, des féministes organisent chaque année une commémoration à la mémoire des 14 femmes, dénonçant pour l’occasion les violences contre les femmes. Inversement, des antiféministes cherchent année après année, soient à dépolitiser le crime en disant qu’il s’agit d’un geste de folie ou à faire du tueur un héros. Réduire la portée du geste à la santé mentale du tueur est la stratégie rhétorique la plus commune. Cette dernière est antiféministe dans la mesure où, se faisant, ces porteurs de discours accusent les féministes d’avoir récupéré le geste d’un fou pour attirer l’attention sur un faux problème (celui des violences contre les femmes) et accaparer les fonds publics pour des organismes qui luttent contre les violences masculines. Les antiféministes qui cherchent à transformer les tueurs en héros sont beaucoup plus marginaux. Même si le phénomène s’avère marginal, il m’apparaît inquiétant, car des hommes incitent à la violence et au meurtre contre de féministes (ou des femmes identifiées comme féministe).

J’en aurais beaucoup à dire sur les réflexions masculinistes touchant à la violence des hommes contre les femmes et pas seulement en terme de moyen d’action. Malheureusement, je vais limiter mon propos. Je tiens seulement à insister sur le fait que certains masculinistes justifient l’utilisation de la violence masculine comme faisant partie des réactions « naturels » des hommes en situation de conflit. D’autres disent que dans certains cas, il s’agit de « légitime défense » de la part des hommes injustement traités par les tribunaux de la famille. Certains vont même jusqu’à faire usage de violence en menaçant des féministes.

En France, dernièrement, plusieurs pères privés des droits de garde et de visite de leurs enfants, et par ailleurs condamnés pour « soustraction d’enfant » ou violences, ont fait un coup d’éclat médiatique en grimpant sur des grues pour médiatiser la « cause des papas » et dénoncer une justice systématiquement favorable aux mères. Or cette action et le discours qui l’accompagne ne sont-elles pas à rapprocher de certaines actions des « fathers for justice » au Québec ? Quelle est la place de la « cause des pères » et de ce type d’action dans la stratégie masculiniste et faut-il y voir une stratégie internationale concertée ?

Mélissa Blais : J’y réponds en grande partie dans ma réponse à la première question.

Y a t -il déjà au Québec des formes de résistance organisée à ce masculinisme (à la fois au niveau théorique et au niveau pratique) , et ont-elles donné des résultats ?

Mélissa Blais : Oui, il y en a eu et il y en a toujours. Récemment, disons depuis 2005, différentes résistances ont vu le jour. Des luttes ponctuelles comme celle de la coalition antimasculiniste en 2004, 2005 qui visait à contrer la tenue du Congrès Parole d’Hommes à Montréal. Cette coalition se voulait temporaire. Durant l’année de mobilisation, elle a également fait de la sensibilisation dans les milieux anarchistes et étudiants, produit des brochures, mis sur pied différents ateliers en parallèle du congrès, dont des ateliers sur la lesbophobie du discours masculiniste.

Certaines organisations du mouvement féministe ont fait du masculinisme un axe de lutte prioritaire. Elles ont réalisé des ateliers sur la symétrisation de la violence conjugale et des formations qu’elles dispensent dans les milieux d’éducation populaire et d’éducation féministe. Des recherches ont été réalisées, notamment l’étude sur les attaques antiféministes qui vise à mieux documenter les actions qui ciblent les organisations du mouvement et leurs effets sur les féministes. Le tout, sans compter l’ouvrage collectif sur le masculinisme au Québec

Par contre, pour analyser les résultats de ces pratiques militantes il me faudrait réaliser une étude sur le sujet. Le peu que je peux dire en terme de résultat c’est que grâce à ces mobilisations les féministes les connaissent et reconnaissent. Elles sont d’ailleurs plus nombreuses qu’en France à reconnaître leurs discours et à être ainsi en mesure de répliquer en cas de besoin. Elles sont parvenues à contrer un certain nombre de projets masculinistes, dont un projet de transformation d’un conseil gouvernementale féministe, en conseil de l’Égalité. Ce dernier leur aurait permis d’obtenir des ressources et d’élargir les espaces de véhicule de leur discours, des espaces où l’on traite de façon symétrique les rapports entre les hommes et les femmes.

Si je compare le Québec à la France, c’est que depuis que je suis en France, soit depuis mars, j’observe que la recherche qui se réalise ici peine à franchir les murs de la tour d’ivoire universitaire. J’ai l’impression que les chercheuses et les chercheurs ne parviennent pas à se faire entendre. Peut-être qu’un autre aspect du problème est l’absence d’ouvrage « grand public » sur le sujet. Bref, on me dit qu’il n’y a pas de recherche ici ou que le phénomène n’existe pas en France, ce qui est faux. La recherche existe et les masculinistes sont actifs. Les médias grand public ont laissé entendre que l’action des « hommes à la grue » constitue le moment X, le jour 1 de l’apparition du masculinisme en France. Il serait plus juste de dire que le masculinisme a commencé à être médiatisé largement avec l’action des hommes à la grue. Le masculinisme existait avant cette action, il suffit de se renseigner un peu. D’ailleurs des groupes militants comme Stop masculinisme existaient avant février 2013. Ce dernier a produit une brochure et poursuit son excellent travail de sensibilisation. Je crois que certaines organisations féministes en France tentent aussi d’instaurer un rapport de force. Il m’apparaît cependant important de multiplier les initiatives en France afin d’éviter qu’il ne gagne du terrain.

Propos recueillis par la commission Antipatriarcat d'Alternative Libertaire
 

samedi 11 mai 2013

Autriche : Occupation de terres agricoles à Vienne


Traduit de libcom.org : Le samedi 4 mai, les activistes de l’initiative « Solidarische Landwirtschaft Jedlersdorf », aussi appelée SoliLa!, ont occupé des terres cultivables du 21ième district de Vienne, propriétés du Fond pour la construction résidentielle et le renouvellement urbain de la ville de Vienne et louées à une personne privée, qui ne les a pas cultivé ou utilisé de quelconque autre façon depuis des années. À long terme, cette zone est désignée pour des fins de construction.

Après l’occupation, le locataire des lieux appela la police. Mais, il lui fut dit qu’une éviction n’était possible, au plus tôt, que lundi. Alors, les occupants et occupantes commencèrent à préparer les terres occupées pour une occupation de longue durée. Ils et elles ont monté un petit campement et ont commencé à planter des légumes. Le lundi, ils et elles reçurent un ultimatum de 24 heures du Fond pour quitter les lieux. Autrement, celui-ci les menaçait de laisser la police évincer les occupants et occupantes.

Le 6 mai, les occupants et occupantes ont publié un communiqué de presse traduit librement ci-dessous :
« Depuis dimanche, le 4 mai, près de 100 sans-terres, étudiants et étudiantes et activistes occupent des terres en jachère à Donaufeld, Wien-Floridsdorf, qui appartiennent au Wohnfonds Wien.

‘Ce sol fertile, qui a été cultivé en jardins pour le petit commerce durant des décennies, s’apprête à être utilisé comme site de construction. La création d’une agriculture locale solidaire est notre ébauche d’alternative à l’actuelle planification urbaine’, déclare Jana, une jardinière sans-terre.

Solidarische Landwirtschaft, SoliLa! en raccourci, l’initiative fondée par les occupants et occupantes, critique qu’il est absurde qu’en des temps de pic pétrolier de pic des sols, on utilise des terres fertiles pour la construction de bâtiments. L’agriculture à Vienne, tout comme dans les régions rurales, est affectée par deux tendances : la perte des terres agricoles, ainsi que le déclin du nombre de cultivateurs et cultivatrices et la concentration de la propriété des terres.

En Autriche, 20 hectares de terres agricoles sont perdus tous les jours de façon irrémédiable pour des fins de construction et de transport. À Vienne, cela a amené la perte de 20% de l’espace agricole entre 1999 et 2010. Le nombre de fermes a décliné de 1200 à près de 550 de 1995 à 2010. […]

À l’échelle européenne, la même tendance s’observe. Une étude récemment publiée fait état que seulement 3% de toutes les entreprises agricoles de l’Union Européenne contrôlent près de 50% de l’espace utilisé pour l’agriculture. Cette concentration des terres est promue et soutenue par un système de subventions à l’agriculture, par conséquent, par des fonds publics.

Ainsi aussi, l’agriculture à Vienne est tirée vers le principe de la maximisation des profits, où seules les entreprises agricoles les plus compétitives devraient rester en course comme il est spécifié dans la planification du développement de l’agriculture. […] SoliLa! résiste contre cette forme de développement et met de l’avant une alternative. […]

‘L’occupation n’est pas opposée aux logements à prix modique. Bien au contraire, nous mettons de l’avant comment il est possible de vivre à prix abordable sans la perte des terres cultivables. Le besoin croissant pour le logement est accompagné de l’inoccupation de près de 80 000 appartements et de plusieurs milliers d’espaces de bureau vides’, note Markus, un étudiant de l’Université des Ressources Naturelles et des Sciences de la Vie (BOKU) et activiste du mouvement Droit à la Ville. […]

Les politiques de logement orientées par le profit ne mènent pas uniquement à l’inoccupation de logements, mais aussi à la perte de terres cultivables pour des fins de construction. Ainsi, SoliLa!, comme membre du réseau Le Droit à la Ville, ne réclame pas seulement l’accès à la terre pour ceux et celles qui cultivent (et veulent cultiver) la terre, mais aussi l’accès au logement abordable pour tous et toutes. […]

SoliLa! désire préserver les terres occupées comme terres agricoles et établir une petite production alimentaire durable répondant aux besoins. Les nombreuses personnes impliquées travaillent ensemble à la culture durable de ce sol depuis le 4 mai et invitent les voisins et voisines et les personnes intéressées à participer.

Pour le Droit à la Ville et la souveraineté alimentaire! »

jeudi 9 mai 2013

Vous, Madame Marois

Nous republions cet excellent texte de Marc-André Cyr.


Lu sur Voir : Le gouvernement Marois met sur pied une « Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 ». L’objectif, vous l’avez sans doute deviné, n’est pas de répondre aux demandes d’enquête concernant la brutalité des policiers, mais bien de voir à ce qu’une révolte de cette ampleur ne se reproduise jamais.

La grève, la manifestation et la désobéissance civile sont des modes d’action efficaces. Ils permettent à la population de s’occuper de ce qui la regarde. Ils sont en fait les seuls moyens qui sont à sa disposition afin d’être réellement un acteur social et historique.

Le peuple devenant autre chose qu’une longue série de X anonymes ? Le peuple devenant autre chose qu’un sondage plus ou moins orienté? Le peuple devenant autre chose qu’un spectateur de son existence? Il faut définitivement voir à ce qu’un tel désastre ne se reproduise plus, le gouvernement l’a bien compris.

Pourquoi la révolte étudiante ? Pourquoi tant de gens en colère? Notre classe dirigeante est si prétentieuse, si habituée à se complaire dans ses contes fantastiques qu’elle refuse de voir ce qui est pourtant une évidence éclatante comme le soleil.

Si les gens se révoltent, Madame Marois, c’est à cause de vous.
Vous et tout ce que vous représentez.
Vous et votre « carré rouge » de circonstance.
Vous et votre hypocrisie prévisible.
Vous et Léo Bureau-Blouin.
Vous et les coupures qui saignez notre bien-être depuis plus de trente ans.
Vous et les banquiers au service de l’accumulation infinie d’argent.
Vous et les technocrates gestionnaires de la destruction de notre environnement.

Vous voulez vraiment savoir pourquoi les gens sont en colère? Ne pointez pas du doigt les Libéraux, ils sont exactement comme vous. Regardez-vous plutôt dans le miroir, Madame Marois. Vous n’êtes pas une alternative. Vous êtes faits du même matériel corrompu. Vous êtes trempée dans la même sauce mercantile.

C’est vous et vos amis, Madame Marois, l’absence d’idée que vous incarnez qui nous poussent à la rue.

Vous et les fabricants d’opinions serviles.
Vous et votre langage mort, votre langue de vinaigre.
Vous et Jean Charest, la peste ou le choléra.
Vous et votre gestion sans idéal et sans idée.
Vous et votre police protégée, violente, brutale, stupide, lâche et conne.
Vous et votre mépris des pauvres.
Vous et votre ersatz de souveraineté vide de contenu.
Vous, vos mots, vos actions et vos inactions.

Il n’est pas à la mode d’employer ces mots. Ils sont trop chargés de sens pour notre époque qui n’en a plus, mais c’est pourtant bien de cela dont il s’agit. Vous êtes comme tous les autres, Madame Marois. Vous êtes une bourgeoise. Une bourgeoise à son propre service.

Une bourgeoise qui incarne à la perfection la médiocrité et la dégénérescence de nos institutions politiques.
«  Pas de pitié. Vous êtes des incolores » – Claude Gauvreau

Marc-André Cyr

jeudi 2 mai 2013

Péninsule acadienne : 10ième anniversaire de l'Émeute de Shippagan

À cette date, il y a 10 ans, débutait l'Émeute de Shippagan, sur la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick. Dans cette petite ville vivant surtout de l'industrie de la pêche, la population s'est littéralement révoltée contre le plan de pêche au crabe annoncé la veille par Pêches et Océans Canada. Le tiers du quota de pêche était alors accordé à une entreprise terre-neuvienne, Daley Brothers, et aux communautés autochtones pour la pratique des droits ancestraux. Dans une industrie où une crise n'attend pas l'autre et où la situation empire toujours pour les pêcheurs traditionnels, cette nouvelle maladresse résonna comme une bombe au sein de la communauté de Shippagan alors que des manifestations avaient aussi lieu en Gaspésie et aux Iles-de-la-Madeleine. Les 2 et 3 mai, dans une ambiance survoltée, une foule en colère de plus de 200 habitants et habitantes mit le feu à une usine de transformation, à un entrepôt, à des centaines de trappes à homard et à 4 bateaux de pêche de plus d'un million de dollar chacun que le gouvernement avait offert aux autochtones. L'antiémeute arriva sur les lieux et une confrontation eut lieu, à la suite de laquelle le port fut interdit d'accès durant plusieurs jours par la GRC.

Alors que les crabiers tenaient une ligne dure quant au repartage du quota de pêche (ayant déjà vécu des repartages depuis la banqueroute de la pêche à la morue), le ministre des pêches prit une décision unilatérale pour imposer son plan de pêche. L'on peut certainement critiquer dans cet événement un certain racisme banalisé envers les communautés autochtones qui a en partie alimenté la situation. Toutefois, le plus important à rappeler c'est que ce grand coup qu'ont frappé les pêcheurs, ainsi que des transformateurs et transformatrices, était une fronde contre cette nouvelle idiotie d'Ottawa dans la gestion des ressources locales.

Shippagan, "capitale" de la pêche commerciale au N-B, n'en était pas à ses premiers troubles et, au cœur du développement inégal en système capitaliste (le nord-est du Nouveau-Brunswick est une région périphérique particulièrement défavorisée), n'en est assurément pas à ses derniers. En mai 1996, durant des contestations sur les quais de la ville, un agent de la GRC avait été blessé. La ville a également connu son lot de grandes manifestations. À la suite de l'émeute de 2003 toutefois, la GRC mena la plus grande enquête criminelle de l'histoire du Nouveau-Brunswick avec une centaine de policiers travaillant durant 3 ans, près de 1200 interrogations et 25 000 pages de documentation.

Jean