mardi 3 janvier 2012

Alma : La position de collaboration de classe du député Claude Patry sur le lock-out des 780 employé-e-s de Rio Tinto-Alcan

Nous republions la lettre ouverte ci-dessous puisqu'il est tout-à-fait juste et nécessaire de dénoncer la position de collaboration de classe que le député NPD du comté Jonquière-Alma, Claude Patry, a publiquement pris dans les médias. Cette prise de parole est particulièrement maladroite au moment où Rio Tinto-Alcan vient d'obtenir de la Cour supérieure une injonction obligeant les travailleurs et travailleuses à reculer leur ligne de piquetage de 150 mètres et à ne pas être plus que 20 dans leurs manifestations. Est-il nécessaire de rappeler que tous les gains que la classe ouvrière a obtenu dans l'histoire du Québec, c'est par les grandes luttes ouvrières, légales ou illégales, qu'elle les a eu? Contrairement à nos politicien-ne-s, curés et businessman, les travailleurs et travailleuses de RTA d'Alma se battent pour la majorité de la population du Saguenay-Lac Saint-Jean et une victoire pourrait signifier des résultats beaucoup plus significatifs que 100 ans de programmes absurdes pour "garder les jeunes dans la région".

Lu sur LBR.ca : "Cher M. Patry,

C’est avec regret que je viens d’apprendre votre position par rapport au lock-out chez RTA. En effet, sur le site de radio-canada vous appelez les deux partis à mettre de l’eau dans leur vin. Si vous, un ancien syndicaliste maintenant député d’un parti supposément à gauche, n’appuyez pas les travailleurs et les travailleuses de RTA, qui le fera ? Votre électorat, c’est-à-dire les gens qui vous ont élu et à qui vous êtes redevable, ce n’est pas RTA, ce sont les travailleurs et les travailleuses de la région. En agissant de la sorte, vous prenez malgré tout le parti de RTA puisque vous laissez les travailleurs face à eux-mêmes.

Avec votre dernière sortie publique, vous ne faites que me confirmer l’impression qui me disait que les politiciens sont à la merci des grandes entreprises et laissent la population seule face aux multinationales et aux intérêts économiques qui brime nos conditions de vies depuis trop longtemps. Si vous n’avez même pas le courage politique d’appuyer les travailleurs et les travailleuses de RTA, des gens qui auraient pu être vos camarades de travail il n’y a pas si longtemps, qu’est-ce que ce sera lorsque vous aurez à vous prononcer sur des questions de société de plus grande ampleur ? Je trouve déplorable qu’une personne qui se dit à gauche comme vous refuse d’appuyer les travailleurs et les travailleuses.

Par ailleurs, l’article de radio-canada se conclu en disant que le conflit pourrait affecter l’économie de la région. En agissant de la sorte, votre discours se rapproche plus de celui de RTA que de celui des travailleurs et des travailleuses… En prêchant les intérêts économiques de la région, vous ne faites que vous mettre du côté de tous ceux que vous avez pu pourfendre lorsque que vous étiez président de votre syndicat à Arvida. Avec les déversements de boues rouges, le nombre de retraités de RTA décédant chaque année des suites de maladies industrielles, les congés d’impôts que RTA bénéficie chaque année et la mainmise que cette compagnie a sur la région, je me demande comment vous pouvez faire pour ne pas appuyer la lutte de ces travailleurs et travailleuses et toujours vous dire de gauche…

À mon avis, les conditions de vie des travailleurs de la région valent beaucoup plus que tous les profits que RTA peut bien faire.

La vie avant le profit…"

Émile Duchesne, Alma

2 commentaires:

  1. Je suis d'accord pour dire que de demander "de mettre de l'eau dans son vin" c'est prendre objectivement parti de l'employeur dans le cadre du conflit Alcan (et de l'économie capitaliste en général).

    Par contre, je me demande si les travailleurs et le syndicat dont on veut ici promouvoir les intérêts contre la conciliation portent en eux-même l'idée qu'il faille éviter de tomber dans une dynamique de conciliation.

    Mon avis est que les syndicats ne développent pas de conscience de classe chez les travailleurs, et ça m'étonnerait que ceux-ci revendiquent autre chose que la conciliation, se mettant ainsi eux-même en situation d'infériorité face à l'employeur. C'est certain que c'est pas tout le monde qui va être d'accord avec mon idée étant donné la tradition syndicale au Québec, mais le syndicat qui se dit prêt à négocier la nouvelle convention collective reconnait aussi de fait que Rio Tinto Alcan est légitimement propriétaire des usines. Selon moi, c'est une forme de conciliation. Avec les tonnes de subventions qu'Alcan a eu dans son histoire, ces usines appartiennent légétimement à la communauté ouvrière qui finance ses profits directement (les travailleurs) et indirectement (via les exemptions d’impôt et l'exploitation des ressources) et devraient être entièrement sous le contrôle de cette dernière.

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  2. Au final, selon moi il n'y a pas seulement le NPD qui soit en faute dans le cas-ci, mais bien la tradition « politique » des organisations syndicales qui promeuvent le rôle des parties politiques plutôt que les stratégies de luttes ouvrières victorieuses et qui portent en elles et acceptent le capitalisme via la reconnaissance du droit de gestion capitaliste et de l'interdiction de grève en dehors des périodes de négociations collectives.

    Pour terminer sur une note plus constructive, je dirais instinctivement que cette lutte pourrait aller chercher une base dans la classe ouvrière plutôt que dans l'unité de production qu'est l'usine. C'est malheureusement un phénomène observable dans les syndicats de métiers ou qui ne reconnaissent pas l'existence de la lutte des classes : on fractionne les luttes dans un cadre minimaliste. Pourtant la force des travailleurs et des travailleuses c'est la solidarité. Les intérêts des travailleurs de l'usine d'Alma sont aussi les intérêts des autres travailleurs de RTA ailleurs dans le monde et des travailleurs de la région d'Alma. « Décloisonner » les luttes ouvrières des structures syndicales pour leur donner l'étendu qu'elles ont réellement, c'est, de mon humble avis, une bonne manière de libérer les travailleurs des structures officielles syndicales. Trop souvent ces syndicats limitent l'énergie combattive des syndiqués de la base et les canalise dans l'attentisme parlementaire et juridique des lois ouvrières. Comme on peut le voir dans ce cas-ci, les syndicats participent même a renouveler la classe politique.

    « Bureaucrate syndicale d'aujourd'hui, ennemie de classe de demain. »

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