lundi 5 mars 2012

Nitassinan : Début du blocus de la Route 138 par les Innus d'Uashat et Mani-Utenam

C'est aujourd'hui, dès l'aube, qu'a débuté le blocus de la route 138 qu'avait annoncé depuis un certain temps des membres des communautés Innus d'Uashat et Mani-Utenam, dans le coin de Sept-Îles, sur la Côte-Nord. Insatisfait-e-s des négociations du Conseil de bande [1], largement critiqué (et avec raison!), les membres de ces communautés ont décidé de prendre le taureau par les cornes et de cesser de se faire avoir. Le blocage de la route a trait à la construction illégale par Hydro-Québec de la ligne de transport du chantier de La Romaine, sans même qu'un accord ait été réalisé avec la communauté autochtone. La compagnie d'État tente apparemment de contourner les droits ancestraux sur le territoire du Nitassinan. Le Conseil de bande privilégie toujours la négociation pour faire bonifier les offres, malgré la mauvaise foi très claire du gouvernement.

Sans surprise, le Ministre Clément Gignac appelle hypocritement à la fin de la confrontation, comme si ce gouvernement n'avait en rien semé la colère dans les communautés Innus. Tendant la carotte d'une main, le ministre agite le bâton de l'autre. Il annonce déjà qu'il ne fera aucun compromis, que l'intervention de la police pour briser le blocus est envisagée et une quinzaine de policiers supplémentaires ont déjà été envoyés sur la Réserve. De plus, Gignac affirme qu'il ne négociera qu'avec le Conseil de bande, organe fantoche créé par l'État colonial, et refuse ainsi la revendication des membres du blocus de négocier directement avec le gouvernement. Bien que Gignac accuse les Innus de prendre en otage la Côte-Nord, rappelons que ce n'est que les véhicules lourds, le fuel et les camions de travailleurs se rendant au chantier de La Romaine qui se voient refuser le passage. Malgré quelques provocations, le blocage demeure pacifique et pourrait rester pour plusieurs mois si les pouvoirs publics maintiennent leur attitude coloniale. Selon plusieurs membres des communautés Innus, la journée d'aujourd'hui pourrait bien être historique : marquant la reprise d'un pouvoir collectif pour contester la domination des entreprises capitalistes et de l'État raciste. Soyons solidaires!

 Note:
[1] "Sous la Loi sur les Indiens, de 1876, une bande est ''un groupe d'Indiens vivant sur une réserve désignée et dont l'argent est conservé par la Couronne'' (le gouvernement du Canada). Un conseil de bande inclut un chef et un certain nombre de conseillers, habituellement élus par les membres de la bande. Le conseil de bande est équivalent à une municipalité ou à un conseil de village et le chef au maire. Les conseils de bande ont remplacé les formes traditionnelles d'organisation sociale. Plusieurs des premiers conseils de bande ont été organisés par les missionnaires qui les utilisaient pour exercer leur contrôle sur les communautés. Un conseil de bande tire son autorité de gouverner de la Loi sur les Indiens et est assujetti aux lois provinciales et fédérales tout comme au Ministère des affaires indiennes (aujourd'hui appelé ''Ministère des affaires autochtones''*NDT). Il tient son pouvoir de l'argent et des ressources que lui procure l'État. Ils sont utilisés à la discrétion du chef et du conseil. Cela leur procure un immense contrôle et une immense influence sur leur communauté (comme il en est l'intention) [Extrait de ce texte]".

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